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14.11.2007

La neige

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Première neige de l’année, si on oublie celles de janvier. Ici, on ne compte pas l’an de janvier à décembre, mais en validité de l’abonnement de ski. Ainsi, janvier intégrait la saison 2006 et de ce fait, les flocons du jour sont bel et bien les premiers de l’année, CQFD.
Réveil douloureux, donc, la neige immaculée agresse mes yeux et je crains un peu de prendre la route en songeant aux pneus usés de ma voiture. Les enfants sont surexcités et se transforment en bibendums Michelin à la vitesse de Superman. Plus fort encore, car le beau kryptonien ôtait des couches alors que les miens en ajoutent, haha.
Avant la gomme lisse, ce sont mes semelles qui me trahissent et je manque m’étaler de tout mon long sur la route glissante. Deux-trois mouvements de bras désespérés, je m’accroche au cadet qui ne comprend pas bien ce qui lui arrive et me regarde avec ses grands yeux étonnés. Ben quoi, instinct de survie oblige.
Sur la route de l’école, une ribambelle de gamins dopés aux flocons sautillent en tous sens, alors que mon moral s’enfonce dans les gonfles blanches bordées de flaques noirâtres des gaz d’échappement. Dur. J’aimerais passer la marche arrière et retourner dans mon lit, hiverner jusqu’au printemps. Je hais l’hiver. C’est moche, c’est froid, les mains se gercent, les nez coulent et les fesses souffrent.
Sauf quand j’étais enfant. Parce qu’à l’époque, c’est moi qui enfilais les collants de laine dès que le ciel virait blanc. Le chasse-neige amassait des monticules énormes et solides de neige et on creusait des igloos à l’intérieur. On se rendait à l’école équipés de sacs poubelle pour les concours de glissades à la récré.
A l’adolescence, pas mieux. Le samedi, des parents nous conduisaient jusqu’à la station de ski située en dessus du village et avec les copains, on hantait les pistes jusqu’à ce que les remontées mécaniques ferment. Ensuite, on rentrait à la maison en skis depuis la station, passant au travers de la forêt et des alpages. C’était épique. Il y en avait toujours un qui perdait un morceau de sa combinaison sur quelques fils de fer barbelés et je me souviens de gadins mémorables. Aujourd’hui, il serait inimaginable d’autoriser notre progéniture à en faire autant. Déjà parce que la neige est nettement moins abondante, donc impossible de rejoindre le village en lattes depuis la station, puis avec l’âge on prend conscience du danger. Pas question de laisser nos enfants courir les mêmes risques que nous. On n’est pas (plus) fous ! C’est sur un télésiège que j’ai fumé mes premières clopes. Et c’est en retrait des pistes, derrière de gros sapins aux branches scintillantes de poudreuse que j’ai découvert les joies du baiser avec la langue. Les garçons, ces grands comiques, s’amusaient à nous piquer un ski ou les bâtons au sommet des pistes et nous attendaient près des tire-fesses en se poilant. Ou, alors qu’on virevoltait gentil gentil entre les monticules de neige glacée, ils arrivaient comme des balles derrière les filles et nous coinçaient entre leurs jambes pour nous obliger à se manger la piste noire en ligne droite. Je me demande encore aujourd’hui comment on s’est débrouillés pour ne jamais rien se casser. Mystère et ange gardien.
Une fois à la maison, Grand-papa me taquinait sur mon accoutrement : cheveux mêlés, nez fluorescent, pull couvert de boules de glace, collant trempé et démarche d’éléphant à cause du port des souliers de skis. Transie de froid, la tête remplie de premiers émois, je m’allongeais sur le fourneau à molasse bouillant couvert de mandarines giroflées et grand-maman me servait un thé à l’anis et cannelle avec des petits-beurre. La différence de température dessinait de grosses plaques rouges sur mes cuisses et ça picotait. Durant ces instants-là, enveloppée de la chaleur du salon de mes grands-parents, aux odeurs de feu de bois et d’agrumes, je crois bien que j’ai goûté mes premières gorgées de bonheur.
Finalement, c’est peut-être pas si nul, l’hiver.

Commentaires

Super texte, supers souvenirs, je m'y serais crue. Mon z'homme, qui habitait Grenoble dans le bon vieux temps, a les mêmes souvenirs... Je t'envie un peu, j'ai tant vu de soleil et de cocotiers que je rêve de neige et de montagne, c'est bête, hein ? Moi vouloir neige et châlet perdu dans les forêts de sapins.

Ecrit par : Nath | 14.11.2007

Et moi je rêve de soleil brûlant et de mer à l'infini ! Sauf l'été, car là je n'échangerais mes montagnes pour rien au monde ! En vérité, ce n'est pas tant l'endroit où je vis qui me déplaît, au contraire, j'adore ma Gruyère. Ce sont les saisons qui m'insupportent. Faut dire aussi qu'on a 6 à 7 mois d'hiver, et on se partage le reste entre le printemps et l'automne. Parfois, on a du bol, on a 2 semaines d'été...

Ecrit par : Marie | 14.11.2007

C'était justement le manque de saisons qui m'insupportais là-bas : trop de beau temps, de chaleur, de bleu et shorts ;o) Je rêve de montagnes d'été ou d'hiver, de ruisseaux clairs, de forêts ombragées et grandes prairies fleuries.
Voeu presqu'exaucé car en Bretagne, la chaleur, tu oublies mais je m'y sens bien mieux qu'aux Antilles.

Ecrit par : Nath | 14.11.2007

Il faut avouer que certains ont bien de la chance
Je souffre du froid, ma peau me tire, il est devenu une vrai corvée de quitter la couette le matin
sans oublier qu'à peine rentré on voudrait la retrouver tellement on a froid
on flippe face à la facture d'électricité

Et même pas un flocon de neige !

Ecrit par : Lou | 14.11.2007

Très joli texte, les enfants aiment la neige, et puis ensuite étrangement on se surprend à saisir l'ennui que cela peut provoquer... On devrait tous être des Peter Pan!!!!!!!!!!!!!!!!

Ecrit par : Eliba | 14.11.2007

@ Nath : Les Antilles, le bonheur, alors que je patauge dans une boue de neige brune ...
@ Lou : faut croire qu'on n'est jamais content, parce que perso, mêmes pbs que toi, mais en plus, on se coltine la neige ;-) !
@ Eliba : Sûr, histoire de ne profiter que des avantages de l'hiver, sans les inconvénients des rendez-vous manqués pour cause d'embouteillages dûs aux véhicules encore équipés de pneus d'été. Sans compter les frais de réparations carrosseries pour cause de glissade, ou les chutes sur le popotin. Je parlais des tas de neige, formés par les chasse-neige, dans lesquels on s'amusait enfants. Aujourd'hui, je t'explique pas la colère de retrouver le matin ta voiture encerclée par ces fameux barrages de glace !

Ecrit par : Marie | 14.11.2007

Un bout de Gruyère à la neige, fromage ET dessert, mais de quoi donc te plains-tu, MC la piqûre (du froid)?! ;))) A part ça, je hais la neige et on nous l'annonce ici aussi... Moi j'en veux bien des gentilles Antilles, je signe direct pour le cagnard perpétuel, même avec les mosquitos chiantics et chikungunyés!

Ecrit par : Kiki | 14.11.2007

Trois flocons de neiges, et la clientèle se fait rare. Les mamies ont peur pour leur col du fémur! Donc moi aussi , je hais la neige et l'hiver. Très beaux souvenirs et très beau texte, Marie. ( Et en plus tu rends hommage à notre région, en parlant du Bib! )

Ecrit par : Bruno | 14.11.2007

@ Kiki : Je signe aussi pour un séjour sans retour sous les cocotiers ! Echange maison près des pistes équipée cheminée contre baraque en pilotis, pieds dans l'eau !
@ Bruno : La neige, c'est le drame des commerçants et la fortune des médecins ! Tu devrais ouvrir un local samaritain en hiver dans ton épicerie, fortune assurée !

Ecrit par : Marie | 14.11.2007

Ah là, je prends ma plume pour m'insurger : Kiki !!! Pas de chikunguya chez moi, ah non mais ;o))) Par contre, pour le cagnard à longueur de journée, je peux t'envoyer là-bas à coup d'élastique géant, v'lan ! Et te voilà sous un cocotier. Fais attention, une noix de coco qui tombe, ça fait mal, très mal :)

Ecrit par : Nath | 15.11.2007

Bonjour,
Superbe texte, je me suis régalé à te lire. L'hiver approche et rien de tel que les souvenirs pour s'emmitoufler dedans dès les premiers froids. Joli blog, je vais parcourir le reste pour y chercher d'autres frissons...
Cordialement.

Ecrit par : Jonavin | 15.11.2007

@Nath: c'est vrai, Nath, j'ai joué un peu à l'élastique avec la géographie! Mon soleil à moi, l'est réunionnais et pas antillais et, là-bas, ça chikungunye pas mal encore! Il neige sur l'Auvergne en ce moment et je peux une nouvelle fois vérifier à quel point je n'aime pas ça du tout du tout!!!

Ecrit par : Kiki | 15.11.2007

Autant la neige que la pluie! Donc autant dire que ce matin, j'ai trouvé que c'était très joli, dehors. Il faudra aussi penser aux fondues, raclettes et autres divertissements roboratifs et hivernaux.

Merci pour ce flocon de vie!

Ecrit par : Daniel Fattore | 15.11.2007

@ Nath : je marche aussi pour l'élastique géante !
@ Jonavin : tu es le bienvenu et j'espère que tu te sentiras à l'aise ici ! j'ai essayé de cliquer sur ton blog, mais ça ne fonctionne pas. As-tu un nouveau lien ?
@ Kiki : Auvergne - Suisse, même combat.
@ Daniel : Joli c'était, juste avant de prendre le volant et de transformer la Daewoo Matiz en danseuse folle... Exit la fondue, préparez le vin chaud ! Sinon, j'ai reçu ton envoi aujourd'hui et franchement un grand merci, t'es un champion !

Ecrit par : Marie | 15.11.2007

Ce que j'adore dans tes textes, c'est les souvenirs que je partage avec toi... surtout celui des tire-fesses et des chocolats chaud-fumant de la buvette... AAAAAhhh, la neige... Un vrai délice... que du bonheur, quoi!!!
J'ai comme une envie de revivre tout cela, premiers baisers inclus...

Ecrit par : Yas | 15.11.2007

et t'as reconnu le tire-fesses ? C'est celui de la piste noire !!!
Pas sûre d'avoir envie de revivre ces premiers baisers Hollywood citron, avec la bave qui nous coulait le long du menton... Bonjour la délicatesse...

Ecrit par : Marie | 15.11.2007

Je pense que celui-ci est bon...

Ecrit par : Jonavin | 15.11.2007

Meuh voyons, t'as embrassé qui??? pas le meme que moi en tout cas...
Heureusement que les malabars existent encore...

Ecrit par : Yas | 15.11.2007

Eh oui... l'adoration de la neige disparaît quand apparaissent permis de conduire et bureau à 7h30. J'avoue quand même que parfois, le dimanche quand tout est blanc (et c'est rare...) je me surprends à avoir des envies de bonhomme de neige et de bataille. C'est tellement génial d'avoir huit ans, on devrait se prendre au jeu plus souvent!

Ecrit par : Gisèle | 15.11.2007

Tu as complètement raison sur les invénients d'avoir de la neige mais... nous les parisiens ne sommes pas mieux lotis avec la grisaille et la pluie... (et les embouteillages of course !)

Ce nouveau look du blog est superbe !

Ecrit par : Anne-Sophie | 16.11.2007

@ Yas : en même temps, le choix était restreint ! Mais moi, c'était avant, et toc !
@ Gisèle : c'est vrai que le discours change lorsqu'on peut échanger talons aiguilles contre moonboots à poils et retomber en enfance le temps d'une partie de luge.
@ Anne-Sophie : Ici c'est le contraire, quand il neige trop, pas d'embouteillages puisque personne ne sort de chez lui. Merci pour l'appréciation !

Ecrit par : Marie | 16.11.2007

Ouais, du coup les bisous mouillés collants c'était pour toi... hahahahha... En parlant de rodage... Celle qui est arrivée par la suite à une sacrée chance, du coup!!!
Et paf...

Ecrit par : Yas | 16.11.2007

Tu me dois tout ;-))

Ecrit par : Marie | 16.11.2007

hahahahaha... Tu m'éclates trop...
Après, tu dis que c'est moi qui suis folle... "ON" au pluriel serait mieux en fin de compte... Bras dessus, bras dessous, c'est dans le gateau qu'on a mis un doigt pour gouter la douce saveur des premiers baisers...

Ecrit par : yas | 16.11.2007

je garde un meilleur souvenir du pain à l'ail !!!!!!!!!!
Si c'est vrai, la preuve, du pain à l'ail j'en remange de temps en temps !

Ecrit par : Marie | 16.11.2007

... N'oublies pas les malabars au gout de menthe pour camouffler notre haleine.
Remarques, si c'était à refaire... Je ne changerai pas une virgule... Ni plus, ni moins... Si, juste le fait de revenir plus souvent encore.

Ecrit par : yas | 16.11.2007

J'oublie rien, tout est à l'intérieur ! Sans doute les meilleurs souvenirs, les bêtises, sans les conséquences. Et puis, c'était l'époque des premières fois, le temps des souvenirs qui restent ancrés toute une vie.

Ecrit par : Marie | 16.11.2007

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