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26.02.2008

Confidences à Allah - Saphia Azzeddine

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Pitch :

Jbara, née dans les montagnes du Maghreb, s’occupe des chèvres, aide sa mère aux travaux domestiques et prie Allah comme il se doit. La vie de cette adolescente arabe, issue d’une famille de bergers incultes et pauvres, bascule le jour où son père découvre sa grossesse. Car Jbara, emprisonnée par l’ignorance de ses parents, cherche l’échappatoire, soigne le mal par le mâle. Perdre sa virginité hors mariage étant pêché, Jbara est aussitôt répudiée et chassée. Pour survivre, la jeune fille, attirée par le monde occidental, continue naïvement à proposer son corps en échange de faveurs ou d’argent, tout en exposant ses prières, ses reproches, ses réflexions à Allah.

Confidences à Allah (éditions Léo Scherr) est le récit brut d’un passage, le cheminement d'une jeune fille consciente d’être née au mauvais endroit.


Les plus :

Saphia Azzeddine parle le langage du corps. Au travers de son personnage principal, Jbara, c’est un monde rempli d’inconnues qui s’installe, qui s’immisce et laisse en bouche un goût râpeux, aigre. Avant de toucher l’esprit, les mots s’agrippent aux sens et l’on se surprend à excuser les décisions prises par la jeune femme, si choquantes fussent-elles pour qui bénéficie du confort occidental. Sans tomber dans la vulgarité gratuite, le récit se veut vrai, sans faux-semblants. Et ça fonctionne. Une fois la première gifle encaissée, la joue encore rouge de l’impact, on se laisse emporter par le courage instinctif de l’adolescente, prostituée malgré elle, déterminée à vivre, principalement victime d’une communauté soumise à l’interprétation de sa religion, dans laquelle l’instruction pour une femme n’est pas une option.

En plaçant dans les mains de Jbara quelques objets issus de nos habitudes de consommation, Saphia Azzeddine a su, de façon subtile, faire passer un message, augmentant le malaise certain que l’on peut ressentir à la lecture de Confidences à Allah.

Les moins :

La longueur, bien sûr, j’en aurais voulu plus, continuer à suivre le parcours de Jbara. Après la brutalité de la mise en condition, la fin qui laisse un peu sur sa faim.
J’ai regretté parfois l’utilisation de certains mots-termes qui juraient avec le discours de la jeune fille (elle ignore qu’on dit sperme, mais connaît le sens de la valeur ajoutée…), et me suis étonnée qu’elle ne fût pas plus souvent enceinte.

En bref :

Ce roman se lit d’une traite tellement il est prenant. Par des mots simples, vrais, se dévoile l’inacceptable, pour nous. Sans prendre de gants, Saphia Azzeddine plonge son lecteur dans les difficultés de vie pour une femme insoumise à l’imbécillité. Confidences à Allah est un vrai bon livre, de ceux qui savent provoquer l’émotion.

Commentaires

Je le note !

Ecrit par : Lucas (Ephémerveille) | 26.02.2008

J'hésitais à la lire mais je crois que je ne vais plus hésiter longtemps. Merci pour cette découverte et ton avis précieux.

Ecrit par : Nath | 27.02.2008

@ Lucas : je me réjouis de livre votre critique !
@ Nath : ce livre est poignant, sincère, je l'ai beaucoup aimé.

Ecrit par : Marie | 28.02.2008

Tu sais donner l'envie toi!!:)

Ecrit par : Elisabeth Robert | 28.02.2008

@ Elisabeth : Toujours délicat de donner son avis, crainte de passer à côté de ce que voulait dire l'auteur, surtout dans le thème traité dans ce livre. Tant mieux si d'autres le liront suite à cette critique et en font une note, c'est toujours intéressant de lire chez d'autres ce qui nous a échappé ! Merci en tout cas pour ton commentaire !

Ecrit par : Marie | 28.02.2008

Tu me l'amènes samedi et je te le refile samedi? ;)

Ecrit par : Kiki | 29.02.2008

merci pour votre mot.
je me suis permis de vous glisser dans ma bloguerie.
bien à vous
richard

Ecrit par : richard | 01.03.2008

@ Kiki : pas de pb, je t'amène aussi Mérovée (excellent), de Nicolas Jones Gorlin, mais tu les liras pendant mon retour-aller !
@ Richard : j'ai pris la liberté de le faire également, parce que j'aime beaucoup votre style d'humour. J'ai envie d'emmener votre José en ballade TGV avec moi prochainement, j'espère qu'il aime les voyages !

Ecrit par : Marie | 01.03.2008

Oui José adore les voyages, vous verrez....
bien à vous

richard

Ecrit par : richard | 01.03.2008

Bonjour Marie,

Je suis venu sur votre blog suite au cours commentaire que vous venez de poster ici : http://www.leoscheer.com/blog/2008/03/03/428-nouvelles-du-site-des-els#c9558

Lire votre avis sur "Confession à Allah" m'a fait sourire (réjouir) parce que j'y ai vu les mêmes qualités ainsi que les quelques imperfections, soulignées par vous.

Merci pour cette piqûre réjouissante.

Christian.

Ecrit par : Christian | 04.03.2008

Bonjour Christian,
Je suis ravie d'apprendre que vous partagez mon sentiment sur ce roman. Je m'en suis allée lire votre commentaire et la coïncidence m'a beaucoup amusée ! Cependant, je ne sais que trop bien les erreurs que l'on peut naïvement commettre à l'écriture de son premier roman, et je porte un regard tendre sur cet aparté de langage qui, en somme, n'est qu'un fin grain de sable par rapport à l'émotion dégagé par ce livre. Je me permets de vous répondre ici-même plutôt que sur le blog des éditions Léo Scheer dont la dérive actuelle ne me plaît guère. Certains commentateurs ont des tournures de phrases systématiques et répétitives, ce qui est en soi déjà très chiant, et j'éprouve une aversion profonde pour la suffisance et l'humiliation facile, même simulées. A y lire les trop nombreuses citations dont quelques habitués se servent à tour de bras, une seule me vient à l'esprit : celle du crapaud qui se prenait pour un boeuf. Dommage car de fait, des commentaires tels que le vôtre m'ont échappé.
Vous êtes le bienvenu ici.

Ecrit par : Marie | 04.03.2008

@ Christian : Suite à la lecture de votre commentaire en lien dans votre réponse sur le site des éditions LS : Je n'ai pas ressenti le même apaisement que vous à la lecture de "Confidences à Allah", mais j'avoue être en contradiction avec la plupart des religions, y compris la mienne, et en tant que femme, certaines images m'ont perturbée plus qu'apaisée. J'ai cru comprendre cependant que Saphia Azzeddine envisageait une suite à son roman, ce qui est en soi une bonne nouvelle.

Ecrit par : Marie | 04.03.2008

@ Marie : je partage en grande partie vos sentiments concernant le blog des éditions Léo Scheer. D'aucun - pour faire une référence cinématographique - parlèrent du "Dîner de con" ; il me fait plus penser aux "Tricheurs" (sur le retour) de Carné (cf. http://www.marcel-carne.com/filmographie/lestricheurs.html ) : simuler ne laisse pas indemne. Pourtant, il me plaît d'y aller picorer : j'apprends beaucoup. J'y suis plus particulièrement cette expérience nommée M@nuscrits.

Pour revenir aux "Confidences", l'apaisement ressenti était en fin d'ouvrage. A lire son dialogue avec Allah - ce pourrait être avec elle-même - nous nous apercevons que toutes les horreurs qu'elle a pu vivre ne l'ont pas abattu. Elle y puise même une certaine assurance à envisager l'avenir.

Mais, je vais vous faire une "confidence". Jbara n'"existant" pas, je me suis constamment demandé, au cours de la lecture de ce livre, ce qui avait pu inspirer l'écriture de Saphia Azzeddine et les formes qu'elle couchait : une modernité qui m'effraie un peu. C'est là où "valeur ajoutée" n'est pas innocent.

Ecrit par : Christian | 05.03.2008

@ Christian : j'ai également trouvé l'expérience de manuscrits intéressante, mais je peine à lire à l'écran, je préfère le format livre. Les habitudes ont la peau dure !

Je n'ai pas ressenti la même chose, cette assurance dont vous parlez. Je la compare plutôt à une espèce de fatalité assumée, une sorte de recul devant un état de fait, et puis, qu'a-t-elle connu d'autre ? Je pense de mon côté que Jbara existe, en plusieurs exemplaires même. La vérité est parfois pire que ce que l'on est capable d'imaginer. Cependant, l'ouvrage en lui-même n'est pas innocent, ne s'agit-il pas d'une forme de dénonciation ? Il y a des livres dans lesquels on sent fortement l'aspect vendeur, je peux vous en citer, ou le côté racoleur est omniprésent et gâche la lecture. Dans "Confidences à Allah", ça ne m'a pas sauté aux yeux.

Ecrit par : Marie | 05.03.2008