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02.04.2008

On ne voit bien qu'avec le nez

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Parfois, dans un quotidien huilé mais fort sympathique, on se laisse tenter par quelques appels de petons joliment dessinés. Des petites touches d’orteil, des guilis de doigts pieds, et puis, on se dit : Pourquoi pas ?
Alors, on mélange à la va-vite trois slips et deux futals qu’on jette dans une valise, direction plus loin, on bise rapide ceux dont on connaît l’odeur pour renifler des inconnus dont l’essence nous tente, parce que le flacon semble contenir tant de promesses. J’aime sentir les gens.
Donc Paris, et ses fumets de gaz d’échappement, de café, de citadins pressés. Ses métros-urinoirs, ses parcs fleuris, le parfum des pâtisseries. Mon nez, assailli, reniflait à tout va. Ici, un SDF en quête, là, une poupée tailleur cintré, le menton haut, le cheveu apprivoisé. Les deux se croisent, leurs fumets se contournent, danses aux tempos opposés, question de rythme, bébé.
Lâchée dans la ville, énorme, bouillonnante, je marche en milieu inconnu. Vieux réflexe de gamer, j’évolue en mode instinctif, attentive, sur mes gardes. Heureusement, je ne suis pas seule. J’agrippe mon regard à la démarche de mon hôtesse et la suis pas à pas, parfois lui rentre dedans, elle ne m’en veut pas. Mieux, elle débouche pour moi sa bouteille de verre poli, et me laisse humer à loisir son essence naturelle. Naturelle, rien de plus vrai, elle ressemble à ses mots : vrais, directs, sans faux-semblants. Elle me rappelle l’odeur de l’écorce, de la mousse, du sureau en fleurs, du premier soleil qui réchauffe l’herbe des montagnes et boit la rosée matinale, fragrances apaisantes, et puis l’odeur de noisette propre aux cèpes de Bordeaux. Les parfums ne mentent jamais, et tandis qu’elle emprisonne des mouvements qui m’échappent à l’aide de son Canon, je la regarde évoluer au milieu de son aura multicolore, sans qu’elle soit consciente des vapeurs irisées s’évaporant de chacun de ses gestes. C’est beau. J’aimerais pouvoir les prendre en photo aussi, pour les lui montrer, mais il y a des choses impossibles à capturer. Et c’est tant mieux comme ça.
Un peu plus tard, mon nez se heurte à un drôle de mélange : la première touche de tête est boisée, sablée, enveloppante. On se renifle un peu, on retient dans son sein les fugueuses notes d’épiderme qui cherchent à envahir l’espace sans qu’on les ait encore autorisées à se promener librement. Je me méfie: lui aussi les sent, j’en suis presque certaine. Il observe, il a l’œil. Il sourit, bien sûr, mais ses narines dilatées ne trompent pas. Il a le sens de l’odorat. Il voit avec son flair. Je me laisse faire. Très vite, sous la première vague de senteur de cèdre se dévoile une odeur plus douce, délicate, volatile. Une odeur presque enfantine, légère et fascinante à la fois. Une odeur qu’aussitôt j’apprécie. Je respire à fond le mélange de nos trois parfums, et je me dis que c’est dommage, que certains arômes n’existent pas en bouteille. Parce que j’enfermerais bien ceux-là dans une que l’on a vidée, pour les emporter avec moi, en souvenir de cet instant, pour les humer à nouveau plus tard, dans le quotidien de ma vie huilée, mais fort sympathique.

Commentaires

C'est très beau, très poétique. A te lire, on s'y croirait dans les rues de la capitale. Bravo Marie.

Ecrit par : Nath | 02.04.2008

Belle histoire à faire déprimer Titus, lui qui n'a strictement aucun flair, foi de museau aplati !
Bravo (sérieusement cette fois) pour ce récit si "sensuel" !

Ecrit par : Titus | 02.04.2008

Rhaaa, d'un coup, je me sens en odeur de sainteté! ;)) Marie, merci, c'est beau de te passer sous le nez...et ce texte est magnifique, je suis sûre que le capiteux de la capitale, le troisième bouquet du Nénuphar, va autant que moi goûter ta (p)rose dont la senteur m'est fleur chaque fois que je la relis. (Tu vois, c'est ça que je veux trouver dans "la montagne" et tu l'as...). Puis, si on ne peut pas les emprisonner, ces moments-molécules éphémères, c'est justement pour nous forcer à les réitérer, RV bientôt!

Ecrit par : Kiki | 02.04.2008

ben, pfff, c'est tellement sensuel. Hmmm, c'est incroyable de sentir des moments volés à d'autres. Marie, tu as du talent plein les doigts. Tout plein.

PS : je vais discrètement demander la nature des effluves à mon vénéré président avant de sombre dans un délire de jalousie extrême ;-)))

Ecrit par : Benoit Fapm | 02.04.2008

Fort sympathique (l'odeur de) ce texte, oui.

Ecrit par : Marie-Catherine | 03.04.2008

@ Nath : Merci, je suis sensible aux odeurs. Elles sont déclencheurs de souvenirs, à mon sens.
@ Titus : Qu'il veut te faire croire ! Je suis très amie avec un Titus aussi, c'est fou les qualités qu'ils ont. Un physique qui tient en respect et un caractère d'agneau !
@ Kiki : réitérons ! oui, je pense avoir compris ce que tu m'as expliqué, et vais tenter de le mettre en lignes, en espérant que le bouquet de devienne pas trop capiteux ¨
@ Benoît : Oh ben merci, Benoît ! J'ai pas trouvé d'autres manières pour relater notre escapade. Pas de jalousie, car je me remémore d'une fort agréable odeur de nuggets, frites et hamburgers, et crois-moi, à ce souvenir, je te considère tel le sauveur de nos estomacs affamés ! Par contre, j'espère qu'au prochain passage, on puisse se faire une sortie restau sympa et décontractée, un truc entre copains, une bouffe toute simple, bref, ça, ça me ferait super plaisir.
@ Marie-Catherine : merci Marie-Catherine !

Ecrit par : Marie | 03.04.2008

J'ai lu une première fois. J'ai beaucoup aimé la poésie qui s'en dégageait. Kiki m'as dit: as-tu lu? J'ai relu et j'ai compris l'essence (les sens?) même de ton propos.
C'est magnifique!
Waow!

Ecrit par : Mandor, président de la FAPM | 04.04.2008

Marie, avec tous ces admirateurs que t'as dans le nez, ;)), je crois que je vais rapido amortir le loyer de ma péniche la prochaine fois! ;)) Les quatre cormorans qui squattent les flancs replets du Nénuphar te font quand même dire que tu aurais pu causer de ces légères mais néanmoins prégnantes effluves maritimes qu'ils avaient amenées juste pour toi, étonnant mix chargé d'embruns de mer, de sel gris, de plume mazout, de petite poiscaille et d'écumes lointaines... Mais bon, je reconnais, avec tous ces autres jolis oiseaux qui passaient dans le coin coin... ;))

Ecrit par : Kiki | 04.04.2008

@ Mandor : c'est ce côté humble qui sent si doux !
@ Kiki : je savais plus où donner du nez ! J'espère que du coup, on n'aura pas à contrer une attaque de fiente !

Ecrit par : Marie | 04.04.2008