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20.04.2008

Mon Village

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J’habite un petit village, d’environ mille âmes. J’y ai vécu avec mes parents, puis je l’ai quitté, plusieurs fois, pour finalement m’y installer avec homme et enfants. Ils s’y plaisent, les enfants, dans cette paroisse de mille habitants. Les vieux les apostrophent d’un « T’es à qui, toi ? », le même que j’entendais à leur âge. Il y a un club de football, auquel l’aîné a adhéré. Comme mon village a le dos collé à la montagne et les pieds dans le lac, l’hiver on skie et l’été, on se baigne. On pêche un peu aussi, on cueille des champignons.
Si je cherche mes mômes, sortis jouer, nul besoin de téléphone portable. Une simple interrogation aux voisins suffit à me renseigner : « J’ai vu ton gamin avec celui du menuisier, ils tapaient le ballon près de la scierie ». La moindre bêtise m’est relatée, dès que je pose un pied au commerce du coin : « Dis donc, je ne voudrais pas t’inquiéter, mais ton petit a traversé la route sans regarder l’autre jour, ça m’a retourné le cœur », « Ton grand a acheté une canette de Red Bull vendredi, et il la planquait sous sa veste ».

J’apprends malgré moi, durant les matchs de foot junior, les histoires de cul, les problèmes d’argent, les maladies et autres joyeusetés de mes concitoyens.

Tout finit par se savoir, dans les petits villages. Même ce qu’on voudrait garder pour soi.

Dans chaque bled comme le mien, vivent des Christiane, des Gigi, des Marie-Thé, des Michel, des Popaul et des Jean-Jean. Des gens qu’on connaît depuis toujours, héritiers de quelques anecdotes qui vous scotchent à la peau : la mémoire villageoise est éternelle. Des souvenirs un peu gênants comme la première biture, des histoires de cœur qu’on préférerait effacer, ou tout du moins taire à la femme de votre ex. Elle ne vous pardonnera pas la pelle roulée à son mari il y a plus de vingt ans. Dorénavant, elle ne répondra plus à votre « Salut ! » C’est ainsi. Et lui n’osera plus vous saluer non plus, de peur d’essuyer les foudres de son épouse. Il se contentera de hocher discrètement la tête dans votre direction, gage de sympathie à votre égard et de soumission à la patronne. Néanmoins, vos enfant et les leurs auront toujours la permission de jouer ensemble : on garde une oreille innocente dans la place, afin d’alimenter les conversations autant que les ventres, le soir au repas.

J’habite un petit village d’irréductibles, des hommes et des femmes aux principes affirmés par une éducation stricte, défenseurs de valeurs basées sur les dix commandements. Un endroit où l’on fait encore marcher le commerce local, quitte à payer un peu plus. Ici, on se dépanne, on se serre les coudes autant qu’on s’observe et se juge. Ici, se sont noués des liens solides, calcifiés par des années de vie commune. Ici, la solitude, ça n’existe pas. Nous habitons un petit village.

Commentaires

Même s'il y a des inconvénients (les secrets/téléphone arabe), ça m'a l'air d'un petit paradis. Pour le téléphone arabe, ce n'est pas nécessaire que ce soit un petit village. Ma (très grande) famille dans une grande ville peut faire l'affaire ;-)

Ecrit par : Jo Ann v. | 20.04.2008

Je te souhaite un bon anniversaire!

Ecrit par : bruno | 20.04.2008

Très beau texte...

Mais tu sais, même dans une grande ville - et j'habite tout de même Bruxelles, ça peut marcher comme ça aussi. Tout dépend du temps que tu acceptes de passer à t'informer de la santé du petit dernier de l'instituteur via l'épicier...

Et je profite de mon passage pour te souhaiter aussi un joyeux anniversaire.

Ecrit par : Filleke | 20.04.2008

Il n'y aurait pas une maiosn à vendre, au bout de la rue ?

Ecrit par : Sophie | 20.04.2008

Tu sais, ça me rappelle mon village...c trés bien écrit vraiment, merci pour la ballade et pis ben happy birthday alors !

Ecrit par : Pffftt... | 20.04.2008

@ Jo Ann : C'est un réel avantage, dans une grande ville, d'avoir une grande famille ! Je confirme : un vrai petit Paradis !
@ Bruno : Merci ;-))) !
@ Filleke : Sûrement ! Pourtant, j'ai l'impression qu'en ville, les gens prennent moins le temps de s'intéresser aux autres... Je suppose que je ne devrais pas faire de généralités : tout dépend de la ville en question et de ses habitants. Merci pour les voeux ;-) !
@ Sophie : Salut Sophie ! Pour la maison, ça doit pouvoir se trouver !
@ Pffftt : Merci Pffftt. Je crois que c'est un peu le modèle de tous les villages. Merci aussi pour le Happy !

Ecrit par : Marie | 21.04.2008

Joyeux anniversaire, avec une longueur de retard!
J'ajoute que j'ai tenu les grandes orgues de ton village pendant trois ans...

Ecrit par : Daniel Fattore | 21.04.2008

c'est ,simple,émouvant ,limpidecomme les sources de ta montagne,merci pour ton écriture qui m'enchante

Ecrit par : alain | 22.04.2008

c'est ,simple,émouvant ,limpidecomme les sources de ta montagne,merci pour ton écriture qui m'enchante

Ecrit par : alain | 22.04.2008

@ Daniel : merci ! Jamais de retard pour les voeux ! Oups, j'ignorais qu'on avait des orgues chez nous...
@ Alain : merci Alain ! C'est vrai qu'elles sont belles, les sources de ma montagne !

Ecrit par : Marie | 22.04.2008

... un instrument historique, même: un Scherrer du XIXe siècle, avec pédalier court, ce qui fait endêver pas mal d'instrumentistes. La restauration de l'instrument, dans les années 1993-1996 (j'ai joué sur un orgue électrique qui assurait l'intérim) a du reste été la source de controverses intéressantes: fallait-il respecter la construction d'époque du pédalier (note que le pédalier court empêche par exemple l'exécution des fugues de Bach) ou l'adapter en installant un pédalier de dimensions usuelles? Il est possible qu'on en cause encore dans certaines chaumières...

Note aussi que l'église du village en question recèle quelques peintures de Gino Severini, un artiste qui a connu son heure de gloire dans la première moitié du vingtième siècle, figure du futurisme italien.

Ecrit par : Daniel Fattore | 22.04.2008

Il est beau ton village, moi je l'aime depuis toujours... Grace à toi!!!!

Ecrit par : yas | 30.04.2008

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