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26.04.2008
Je rentre chez moi

Heure de pointe, escargots métalliques qui avancent, s’arrêtent, repartent, s’essoufflent au gré des couleurs affichées sur les poteaux. La tension est palpable, chacun s’impatiente d’arriver là où on l’attend.
Je veux rentrer chez moi, faire taire le moteur tandis que Patchouli court dans ma direction, la queue en l’air, des miaulements plein la gueule.
Par la fenêtre ouverte, je regarde les piétons. Sur le trottoir, un enfant tout blond d’à peine quatre ans cueille les quelques pissenlits téméraires qui ont poussé dans la faille du béton, sous l’œil excédé d’une jeune fille. Sa sœur, peut-être ? Ses cheveux noirs semblent dire le contraire. Je les dépasse au moment où elle râle sur le petit pour le faire avancer alors qu’il lui tend son maigre bouquet. Nouveau feu rouge, ils rattrapent la colonne de voitures. D’humeur toujours hargneuse, l’adolescente précède le blondinet de deux mètres, comme gênée d’être vue en sa compagnie par les garçons qu’elle croise. Le petit porte fièrement les fleurs dans sa main droite, traînant de la gauche une doudoune beaucoup trop chaude. Il la hèle, la supplie de ralentir, de plus en plus fort. Elle le reçoit d’une chiquenaude à la tête, il riposte d’un cri de douleur exagéré. Elle sourit, il en fait autant, puis les deux s’attrapent machinalement les doigts. Feu vert, on repart.
Le chat à mes trousses, j’ouvre la porte de la maison, crie un bonjour au vide, qui s’anime aussitôt de bruits de courses. Je crispe mon ventre, consciente de l’assaut proche.
Sur l’autoroute, le mouvement s'active. De coups d’accélération en freinages intempestifs, la bande de goudron devient ruban, sur lequel s’enfilent les voitures perles. Roulent, roulent les petites billes multicolores. Quelques camions et autres caravanes entravent la danse fluide des berlines. Un camping-car trop confiant s’est engagé sur la voie de dépassement, pour finalement s’avouer vaincu après cinq minutes d’une tentative hasardeuse de dépassement. Il se rabat sous l’acclamation des klaxons de la colonne engendrée.
Je libère mon épaule de la bandoulière du sac, aussitôt remplacée par les bras de mes enfants. Flot de phrases incompréhensibles. C’est fou tout ce qu’ils ont à raconter, tant de péripéties pour une seule journée. Je n’entends plus, je n’écoute que leurs baisers.
Rond-point, direction route cantonale. J’écrase la pédale de frein, évite de justesse à ma voiture d’embrasser la carrosserie d’une vieille Audi conduite par un dangereux Papy, occupé à traverser le colimaçon en fermant les yeux. Le temps de m’interroger sur les motivations d’un retraité à prendre le volant en pleine heure de pointe, le voici qui déjà provoque un bouchon en pilant sur la route dans l’espoir insensé de tourner sur sa gauche, alors que la voie est surchargée de trafic. Nouvelle sérénade de trompettes énervées.
Debout sur le palier de la cuisine, il attend que la jeunesse retourne à ses préoccupations. Je me relève, ébouriffée par les élans de tendresse brusque, et me colle à sa poitrine. Le nez dans son cou, je respire son odeur si familière. Sa main droite se pose dans mes cheveux, la gauche sur le bas de mon dos, je savoure la chaleur qu’elles dégagent. Nos deux corps se rejoignent brièvement, se saluent, comme les deux seules pièces d’un puzzle qu’on aurait conçu, modèle unique. Je suis enfin chez moi.
00:10 Publié dans En passant | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : maison, circulation, embouteillages, heures de pointe
Commentaires
c'est à s'theure là que tu rentres ?
Ecrit par : marie | 26.04.2008
Wouaow !
Ecrit par : Marie-Catherine | 27.04.2008
Très joli texte, très tendre, très comme j'en ai besoin ce matin. Merci.
Ecrit par : Nath | 28.04.2008
Home sweet home... Nothing is softer than the smell of family...
Ecrit par : yas | 28.04.2008
@ marie : arf, surtout quand on aurait préféré de pas sortir ;-) !
@ Marie-Catherine : merci ;-)) !
@ Nath : reçois quelques pensées d'ici. Aujourd'hui, le soleil s'amuse avec le vert de l'herbe, et c'est plutôt délassant, ça prête à la rêverie.
@ Yas : et mon home est ton home !
Ecrit par : Marie | 28.04.2008
Très joli prose Marie-Christine ! J'aime beaucoup ton style et la façon dont tu peux dépeindre le quotidien
Ecrit par : Sofy | 28.04.2008
Bonjour Sofy !
Merci, et bienvenue !
Ecrit par : Marie | 29.04.2008
Tu sais que j'ai une nouvelle obsession????
ça s'appelle l'herbe aux verrues!!!! ça m'en a foudroyé 1, et l'autre sur la main a rétréci mais elle est introuvable ici..........................
Ch'suis en pleine déprime...
Ecrit par : yas | 30.04.2008
Allez, je vais publier une note rien que pour toi !
Ecrit par : Marie | 01.05.2008



