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15.05.2008

Le feuilleton 2

Episode 2 :

L’appartement de Madame Banay se prêtait idéalement à ce genre d’exercice. Perché au deuxième et avant-dernier étage d’un bâtiment communal centenaire, qui se divisait en trois parties distinctes : à droite, une salle de fêtes utilisée tant bien pour les lotos, les bals et autres soirées organisées par les diverses sociétés locales ; à gauche, l’Auberge communale qui ne louait plus de chambres depuis au moins trente ans. Raison pour laquelle on avait décidé, en son temps, de sacrifier les chambres au profit d’appartements locatifs, bénéficiant d’un loyer mensuel attrayant. Du moins si l’on était assez fou pour s’installer entre deux lieux aux nuisances sonores établies. Apparemment, personne hormis Madame Banay n’arrivait à endurer le bruit : les deux autres logements étaient restés quasi inoccupés durant les cinq dernières années, alors qu’elle n’avait jamais manifesté la moindre envie de déménager en six ans.

Le responsable du dicastère des bâtiments, Monsieur Alfred Marsin, affirmait à qui voulait bien l’entendre que : « La vieille doit être sourde comme un pot de chambre ! », et se félicitait d’avoir réussi à fourguer un de ces appartements impossibles à louer. Il se trompait lourdement pourtant : L’ouïe de Madame Banay ne souffrait d’aucune défaillance. D’ailleurs, en cas de besoin, elle avait pensé à acquérir un genre de cornette, très efficace lorsqu’on souhaite écouter des conversations étouffées au travers des murs. Elle l’avait commandée par correspondance, lorsque l’appartement du dessous avait été loué à ce jeune couple d’Hauteville, le village attenant. Malheureusement, il avait déménagé à peine six semaines plus tard, cassant le bail sans pénalité car, en plus du bruit, les amoureux subissaient les odeurs de la cuisine de l’auberge, située juste sous leur chambre à coucher. « Quel dommage », avait regretté Madame Banay, « Avec ces deux-là, j’avais de quoi remplir deux carnets de notes ! »

Et oui, non contente de surveiller ses voisins, Madame Banay prenait à cœur de noter religieusement dans des calepins les habitudes et petits travers de chacun. Des trois pièces qui composaient son logement, une servait de bureau où Madame Banay mettait à jour ses écrits, archivait ses cahiers, rangeait son matériel d’espionnage et stockait les différents éléments susceptibles d’étoffer ses observations. Comme, par exemple, « Le Messager », feuille d’avis officiels distribué en tout-ménage chaque mercredi, qui se composait en réalité de trois ou quatre photocopies couleurs, selon les semaines, et sur lesquelles figuraient, en plus des mises à l’enquête, les petites annonces des villageois. Parfois, on y trouvait des choses intéressantes, si on savait lire entre les lignes. Grâce à lui, Madame Banay apprit sans trop de surprise que Madame Berthoux souhaitait s’offrir au plus vite les services d’une maman de jour pour son fils, bien qu’une jeune fille au pair suédoise loge depuis quelque mois dans son foyer. Cela concordait avec les faits relevés par Madame Banay au cours des dernières semaines : à plusieurs reprises, elle avait aperçu Monsieur Berthoux au volant de sa voiture, venant récupérer la jeune Igme de sortie à l’Auberge. Rien de bien extraordinaire dans l’ensemble, puisque leur maison se situait à l’extérieur du village. Sauf que Monsieur Berthoux accueillait la demoiselle d’un baiser qui n’avait rien de chaste, sans même attendre que la lumière du plafonnier, actionnée par l’ouverture de la porte du véhicule, s'éteigne et les préserve des regards indiscrets. « Affaire réglée », avait écrit Madame Banay à l’intérieur de son calepin, sur l’espace réservé aux Berthoux. Au moins un cas dont elle n’aurait pas à s’occuper.

A suivre...


PS. je vais avoir besoin de noms propres pour la suite. Si quelqu'un souhaite voir son nom-pseudo figurer dans l'histoire, faites-le moi savoir !

Commentaires

Pour le nom-pseudo intégré au texte, je suis volontaire.
Et je vais lire tout çe incessamment.

Ecrit par : Daniel Fattore | 15.05.2008

Salut miss! Comme Daniel, je suis volontaire pour que tu uses et abuses de mon patronyme, j'ai toujours rêvé d'être une héroïne de roman et, sous ta plume, trop top!! Euh, juste, tu me "castes" pas en suédoise, ça va pas être crédible! ;))

Ecrit par : Kiki | 16.05.2008

Je ne crois pas que t'arriverais à caser "Filleke" de toutes manières :D
Mais j'aime beaucoup te lire...

Ecrit par : Filleke | 16.05.2008

@ Daniel et Kiki : super, merci, je prends note. Donc, pas de suédoise pour Kiki.. Hollandaise, alors ;-)) !
@ Filleke : bien sûr, très possible : elle était la Filleke je rêvais d'avoir... :-))

Ecrit par : Marie | 16.05.2008

S'il te reste de la place pour une Gisèle (ça inspire une vieille dame, non?) je suis partante!

Ecrit par : Gisèle | 16.05.2008

Oh oui, Gisèle, ça m'inspire !

Ecrit par : Marie | 16.05.2008

des noms pas très propres il y en a plein dans mon blogue je te les offre...et les moins sales aussi

Ecrit par : Leo Nemo | 14.06.2008