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10.06.2008

Le Feuilleton 7

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Episode 7


Une fois de retour à son appartement, après avoir déposé l’enveloppe dûment recollée dans la boîte à lettres de Mary Banarth, Madame Banay fut prise d’un sentiment curieux, mais familier. Mélange d’adrénaline et d’excitation, il lui semblait retrouver le même élan qu’à ses vingt ans, quand elle prévoyait un rendez-vous, un baiser, une caresse. Trente fois, elle s’approcha de la fenêtre du salon et tira les rideaux, afin d’observer le couloir d’entrée de l’immeuble de Mary Banarth. Trente fois, elle les laissa tomber rageusement, mâchant sa frustration composée d’une curiosité inassouvie et du besoin maladif de voir son geste récompensé. Bientôt, elle décida de s’installer derrière la fenêtre et de dégager un coin d’observation, sa paire de jumelles à proximité. Elle sauta la préparation de son repas et opta pour trois œufs durs qu’elle dévora sans quitter le bâtiment des yeux. La télé, ce soir-là, ne servit pas. Au bout de quelques heures, le sommeil la contraignit à quitter son fauteuil pour gagner son lit. Forcée par la fatigue, elle s’allongea, toute habillée, et s’endormit presque immédiatement, sans tirer les volets gages de grasse matinée.

Au lendemain, les premiers rayons du soleil se déversèrent timidement dans la chambre à coucher de Marthe. Peu habituée à cette clarté matinale, Marthe comprit son erreur et se remémora aussitôt la raison de cet oubli. L’excitation de la veille s’empara d’elle avec violence. A l’aube de ce nouveau jour, elle se leva sans rechigner, se lava, prépara son petit déjeuner et s’installa dans son vieux fauteuil, près de la fenêtre. Elle attendit, beurrant la tranche de pain autant que ses doigts, les yeux rivés sur la rangée de boîtes à lettres ; elle patienta, dégustant son café au lait à petites gorgées ; elle sursauta aussi, renversant quelques gouttes de chicorée sur sa robe, au moindre mouvement de la porte d’entrée de l’immeuble d’en face, tandis qu’elle attrapait, puis reposait, les lunettes de vue. Enfin, elle reconnut la silhouette enrobée de la jeune étudiante canadienne. Engoncée dans un survêtement trop ample, les cheveux et la mine défaits, Mary Banarth tendait le bras, clef en main, en direction du casier à son nom. Madame Banay retenait son souffle, obnubilée par le mouvement lent, trop lent, mais dépêche-toi nunuche, de la fille. Quand enfin il fut assuré que Mary Banarth tenait l’enveloppe entre ses mains, Marthe récupéra la mobilité de son corps. La lettre était parvenue à sa destinataire, dont acte.

Marthe songea à quitter son fauteuil et à reprendre le cours de ses activités illusoires quand, soudain, quelque chose dans le geste de la jeune fille stoppa son élan. Mary s’était arrêtée devant la rangée de boîtes métalliques et répétait le même mouvement d’enveloppe que Marthe avait effectué la veille, tournant et retournant le rectangle, le reste de son courrier coincé sous son bras. Là, juste en face d’une Madame Banay aux yeux agrandis par les prismes de ses jumelles, Mary décacheta l’enveloppe et déplia la lettre. Plus la jeune fille lisait et plus son visage rougissait. Marthe s’accrochait à ses jumelles, grossissant l’image, gros plan sur les yeux remplis de larmes de la canadienne ou sur ses mains tremblantes. A la fin de sa lecture, les joues de Mary ruisselaient et le haut de son corps se soulevait au rythme de ses hoquets. Comme si le poids de son émotion était trop lourd à porter, Mary s’assit par terre, libérant dans son mouvement le courrier retenu sous son aisselle. Il s’éparpilla sur le sol en béton dans l’indifférence générale. La lettre à plat sur ses genoux, Mary entreprit de séparer les deux feuilles et regarda à l’intérieur de l’orifice créé. Les yeux de la jeune fille s’écarquillèrent. Sa bouche s’ouvrit toute grande et laissa échapper un cri de surprise. De sa manche, Mary se frotta le visage, afin de s’assurer que sa vue n’était pas brouillée par les larmes. De la fenêtre du salon, Marthe comprit au frémissement du papier que les doigts boudinés s’affairaient à l’intérieur de la cachette. « Ils comptent le butin », pensa-t-elle.

Alors, le miracle se produit. Sans crier gare, le visage de Mary Banarth s’éclaira. Ses yeux, sa bouche, la couleur de sa peau, sa physionomie entière se modifia. La fille maussade et terne s’effaça, fondit, disparu en fumée. Marthe régla le grossissement de ses lunettes de vue sur les yeux de l’étudiante. Quand elle réussit à capturer les iris dans l’objectif, le cœur de Marthe explosa en une multitude de sensations agréables. Sucrées, douces, chaudes, chatoyantes, dans le regard de Mary, Madame Banay vola une émotion qu’elle pensait perdue à jamais, plus de son âge, à enterrer. La cueillir le matin même où elle aurait dû mourir, grimper l’échelle du Paradis, serrer la main à St-Pierre, était comme une révélation. Un signe du Tout-Puissant. Elle qui avait, la veille, choisit de baisser le rideau et de rendre son sac au Père, voilà qu’on lui offrait le plus beau cadeau qu’elle puisse imaginer. Voilà qu’on lui offrait l’espoir.


A suivre...

Commentaires

Ooooooh, c'est beauauauauau ! *long soupir attendri*

Ecrit par : Marie-Catherine | 11.06.2008

Oui et non... mais attend la suite !

Ecrit par : Marie | 12.06.2008

Oui, on se réjouit! ça commence à se corser.

Ecrit par : Daniel Fattore | 13.06.2008

J'attends, j'attends ! c'est pas ce que je sais faire de mieux ! ^^

Ecrit par : Mariléti | 13.06.2008

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