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07.05.2008

Le Feuilleton

Voici le premier épisode d'une nouvelle rubrique intitulée "Le Feuilleton", qui, comme son nom l'indique, sera complétée régulièrement. Ben oui. Une histoire à épisodes, à suivre chaque semaine, ou tant que l'inspiration sera présente, puisque je vais l'écrire au fur et à mesure. Bonne lecture !


Chapitre 1

Madame Banay


Il se réveillait à peine, le soleil. Ses rayons s’emmêlaient encore, broussaille de couleurs tièdes, et déjà Madame Banay rejoignait son poste d’observation. Le même rituel, chaque jour répété, qui ne souffrait d’aucun retard. Levée aux aurores, Madame Banay enfilait une robe en coton par-dessus sa camisole froissée, chaussait ses charentaises, se débarbouillait le visage au savon Palmolive avant de le recouvrir d’une bonne couche de pommade hydratante. Bien sûr, ce geste de coquetterie était impuissant à effacer la multitude de rides qui creusaient sa peau, mais elle avait ses habitudes et aimait renifler l’odeur de sa crème mélangée à celle du savon. Le fumet ainsi créé lui rappelait tant de bons souvenirs, du temps où elle fréquentait, quand les garçons se pressaient au portillon du jardin de feu ses parents. Elle avait été jolie autrefois, appétissante comme une tresse à peine sortie du four, et à soixante quinze ans et demi, elle se plaisait à revivre en pensées les douces caresses qu’il lui avait été donné de recevoir tandis qu’elle découvrait l’amour, en même temps que la colère paternelle. Elle eût son compte de menaces, réprimandes, coups et autres promesses de foudre divine. Par bonheur, en plus d’un agréable minois, elle avait hérité d’une certaine malice qui lui fût fort utile pour échapper à l’étau parental au profit de celui des bras d’adolescents aux mains câlines. Cela lui avait valu l’inimité des autres jeunes filles, moins sensibles aux jeux de l’amour, qui serraient leurs cuisses en ouvrant grand leur bouche. Non pas pour dispenser quelque plaisir humide réprouvé par la morale : leur langue bien pendue s’activait principalement à vomir des flots de paroles aiguisées par une jalousie féroce. Au crépuscule de sa vie, confortablement installée dans son grand lit au matelas moelleux et à la couverture en patchwork tricotée par les « Amis du Troisième Âge », elle s’offrait des voyages souvenirs à la saveur des premiers émois, qui collaient des sourires à son sommeil et la préparait à la visite de la Grande Faucheuse, par ces petites mort répétées.
Ah non, Madame Banay n’enviait pas les amies pucelles de sa jeunesse, pas plus que les vieilles demoiselles voisines qui l’étaient restées. Car si elle consentait à échanger, l’air intéressé, quelques recettes de gâteaux maison avec de jeunes femmes à la maternité nouvelle, elle préférerait, et de loin, épier du coin de l’œil le fessier de l’heureux papa. Regarder n’était pas interdit par la loi, heureusement, surtout qu’à son âge, et depuis la mort de Monsieur Banay, ma foi, elle n’avait plus tant de distractions. Voilà donc pourquoi, chaque matin, Madame Bannay se levait aux aurores, enfilait une robe en coton, s’enduisait de crème hydratante après s’être débarbouillée au savon Palmolive, se préparait un plateau petit déjeuner comprenant un pot fumant de café chicoré, des tartines de pain paysan et quelques biscuits, qu’elle déposait sur une table à roulettes, juste à côté de sa paire de jumelles, avant de prendre place dans le grand fauteuil en velours élimé qu’elle avait tiré près de la fenêtre, de laquelle elle pouvait observer à son aise les allées et venues de ses concitoyens.

A suivre…