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19.05.2008

Le Feuilleton 4

Episode 4

La ménopause l’avait donc libérée de ce cycle opprimant, qui, inlassablement, sans répit, déchirait d’une main ses muqueuses en tordant son ventre, tandis que l’autre pressait le plat de sa paume sur son sein gauche. Chaque mois, Madame Banay éprouvait cette entrave invisible, comme si on avait souhaité museler son cœur, pendant qu’on lui vidait les entrailles. Tentative illusoire de taire à la source l’instinct de maternité aux rhizomes atrophiés. « Tu ne seras jamais mère », entendait-elle sourdre entre ses jambes, lancinante et blessante mélopée mêlée de contractions aussi douloureuses que des coups de poignards. Et si Monsieur Banay n’avait jamais formulé le moindre reproche à son épouse, elle porta durant des années le poids pesant de son incapacité à lui donner un enfant. En cela, elle avait loué son aménorrhée, annonciatrice de la fin des hostilités, sonneuse du glas de la rédemption. Elle pouvait enfin tenir un bébé dans les bras sans aigreur, sans pincement d’aucune sorte, sans regard en coin en direction de Monsieur Banay, afin d’y chercher la lueur de ressentiment envers la femme incomplète, qui l’avait privé de ses droits paternels.

Souvent, Madame Banay avait muettement désiré que son mari trouve maîtresse, qu’il copule gaiement à tout va, qu’il engrosse une fille de rien. Alors, peut-être auraient-ils partagé leurs torts, chacun supportant sa charge et ses remords. Peut-être même auraient-ils eu quelques droits sur l’enfant phantasme, l’accueillant certains dimanches, pour les vacances. Le Cher Petit leur aurait expliqué ses joies, détaillé ses chagrins, posé mille questions. Il aurait rempli leur existence d’anecdotes au goût caramel fondant, qu’ils auraient cuisiné ensemble. L’odeur aurait embaumé la cuisine, la petite main sur le manche en bois, prisonnière de la grande, appliquée à remuer le sucre mélangé au lait, jusqu’à ce qu’il épaississe, magma brunâtre à l’odeur écœurante et délicieuse. Madame Banay avait tant et tant imaginé cette scène qu’aujourd’hui encore, à l’odeur du caramel chaud, l’image du petit s’impose devant son œil soudain brillant, et lui arrache un sourire de tendresse.

Mais Monsieur Banay se targuait d’être un homme droit, intègre, aux principes moraux établis (la jolie Marthe, alors âgée de vingt-cinq ans, avait de prime abord craint que le charmant Daniel l’ait choisie pour la remettre dans le droit chemin… avant de constater avec ravissement que, sous les dehors prudes de l’homme, se terrait un vrai coquin). Plus simplement, il vouait un amour profond, réel, sans ambiguïté aucune, à sa compagne. La tromper ? Jamais l’idée ne l’avait effleuré. Encore eût-il fallu qu’une autre qu’elle parvienne à lui soutirer l’émotion nécessaire à procréer. Hors, et elle l’ignorait, Marthe réussit là où toutes les précédentes conquêtes de son mari échouèrent. Si bien que Daniel Banay songea en nul instant s’assurer descendance ailleurs, puisqu’il se savait tout à fait incapable de maintenir une érection en dehors de son foyer.


A suivre