« L'art d'être inconsistant | Page d'accueil | Une histoire dans l'histoire »

29.11.2007

Une initiative à saluer

fc91e188e01dc8dea9eae49431d49478.jpg

Léo Scheer, un éditeur qui a de la suite dans les idées. (ici le catalogue de ses publications).

Qui n’a pas suivi l’échange d’aménités qui opposa la sulfureuse Lise-Marie Jaillant à Monsieur Léo Scheer ? Petit rappel des faits côté Wrath, côté Léo Scheer.

L’histoire aurait pu en rester là. Les éditions auraient réceptionné le manuscrit, le comité de lecture en aurait pris connaissance, puis aurait soit proposé à l’intéressée une publication, soit évincé son texte.

C’était sans compter sur la réactivé du monsieur quant à cette « affaire », et une autre concernant la mission Olivennes. Ni de une, ni de deux, à l’instar de Vic le Viking, l’éditeur a claqué des doigts et aussitôt une nouvelle rubrique est apparue sur le site : m@nuscrits.

Le concept est assez simple : proposer, aux personnes qui le souhaitent, la mise en ligne de leur(s) manuscrit (s), brut de pomme, et permettre ainsi une réflexion sur les nouvelles conditions de traitement et de publication des textes réceptionnés chez eux.

Attention, il ne s’agit là non pas d’une étape à la publication, mais bien d’une réflexion sur d’autres moyens d’édition que le classique ouvrage de feuilles reliées (ou collées, on ne va pas chipoter). Comme je ne cache pas ma curiosité quant aux nouveaux auteurs, ou plutôt, pour les premiers romans d’auteurs, je me suis empressée de télécharger le manuscrit de Géraldine Barbe, car, premier constat, je n’aime pas lire de longs textes sur un écran (ce qui m’est apparu plutôt contradictoire comme révélation, puisque j’écris et relis mes propres manuscrits en utilisant l’informatique).

Mais là, non. J’ai préféré imprimer les feuillets, puis, café fort et cigarettes à proximité, je me suis installée cosy pour découvrir « Rater mieux ». Puisqu’il s’agit là bien de converser sur les futurs moyens d’édition et non pas sur la qualité du texte en question, je ne vais pas vous donner mon avis sur l’histoire mais plutôt vous proposer de vous forger votre propre opinion en téléchargeant vous aussi les feuillets ici.

En gros, j’ai trouvé cette expérience instructive, pour plusieurs raisons :

1. J’avoue ne pas aimer lire de longs textes sur écran. J’aime les notes courtes et incisives des blogs que je visite régulièrement, pourtant, je me lasse très rapidement des notes à rallonge. Et je peux l’expliquer : les yeux se fatiguent, j’ai parfois peu de temps à disposition pour lire telle ou telle note, je déteste être statique durant mes lectures. Par ailleurs, je m’interroge à présent sur le bien-fondé du fond noir de ce blog.
2. J’ai beaucoup de peine à mettre de côté l’aspect manuscrit et brut du texte et j’ai tendance à pratiquer des corrections mentales comme s’il s’agissait de mon propre travail, ce qui me gâche le plaisir de la lecture.
3. Une fois la lecture terminée, le pdf atterrit à la poubelle au lieu de trouver sa place sur les rayons de la bibliothèque.

Les trois filaments de cette expérience m’ont fait penser à cet insecte, l’éphémère. La larve de l’éphémère peut vivre plusieurs années, mais une fois adulte, il ne vit qu’un ou deux jours. C’est l’impression qu’il m’en reste. Fi des nouvelles méthodes et tant pis si je suis rétro, je resterai un aficionado des livres à l’ancienne.

Commentaires

Tu crois que je devrais essayer ?

Ecrit par : Nath | 29.11.2007

Je suis très partagée sur l'idée. D'une part, c'est t'exposer à un risque : celui de l'agressivité d'autres auteurs en attente de publication qui risquent de casser tes écrits par pure frustration. A l'inverse, tu pourrais aussi bénéficier de conseils instructifs. Cependant, trop de conseils peuvent polluer ton univers et te déstabiliser dans ton approche de l'écriture.
Les conseilleurs n'étant pas les payeurs, c'est à toi d'estimer ce qu'il te semble le mieux. Mais ne perds pas d'esprit le fait qu'il n'y a aucune promesse d'édition par ce biais et que le but en soi est de tester la filière d'autres moyens d'édition et de distribution.
A titre personnel, je n'aurais pas utilisé cette voie pour faire connaître mon manuscrit, il y a encore trop d'incertitudes, notamment sur les réactions que pourraient avoir d'autres éditeurs sur un texte qui a été mis en ligne. Et puis, je ne suis pas convaincue par les avantages de l'édition en ligne, tout simplement. Mais cet avis ne concerne que moi.

Ecrit par : Marie | 29.11.2007

j'ai réfléchis depuis tout à l'heure et je pense que tu as raison... je vais rester "prudente", je ne suis, de toute façon, pas prête à ce genre d'exercice, j'y vais doucement...
Merci ;o)

Ecrit par : Nath | 29.11.2007

Vous dites : "il s’agit là bien de converser sur les futurs moyens d’édition et non pas sur la qualité du texte en question"
Or j'ai bien peur qu'à ce rythme le processus s'essouffle rapidement : s'il est bien une chose qu'attendent les auteurs en tout premier lieu, c'est bien un AVIS – construit si possible –, sur les textes qu'ils ont le courage de soumettre. Autrement où est l'intérêt? (voir mon post sur le blog de Léo Scheer, à ce sujet, article #252).
Converser sur les futurs moyens d'éditions, clairement : oui ! Mais je doute que la proposition de M. Scheer ne se borne qu'à ça.
Ceci dit vous n'êtes pas obligée d'émettre un avis sur un document que vous n'avez pas apprécié... :)

Ecrit par : Strangedays | 29.11.2007

... expérience intéressante. Mais alors que l'écrivain (au moins lui!) écrit pour la postérité (par opposition au journaliste, qui écrit pour le post... érieur, selon une blague éculée!), on fait de lui le producteur d'objets jetables - un aspect que tu soulignes bien, et qui ne me ferait pas vraiment bicher si j'étais publié. Les auteurs aiment savoir que leurs textes sont en lieu sûr... alors que le journaliste en fait son deuil, au plus tard le jour où il découvre que l'un de ses articles sert à emballer le poisson de la voisine.

J'avais suivi un peu la fameuse polémique sur Barberine. Leo Scheer se défend bien! Et la lecture de l'ensemble de l'affaire ne peut que lui donner raison.

Ecrit par : Daniel Fattore | 29.11.2007

P. S. Aaaahhh! C'est le fameux texte de la fameuse Barberine! A garder sous le coude.

Ecrit par : Daniel Fattore | 29.11.2007

Bonjour Strangedays,
Le problème est bien là. Je doute de l'objectivité des avis qui vont suivre la mise en ligne des textes. Sous couvert d'anonymat, les gens peuvent se montrer désobligeants à outrance ou trop enthousiastes afin qu'on leur rende la pareille.
A mon sens, le premier véritable avis, neutre et sans appel, est l'aval de l'éditeur par un contrat d'édition. Mais tout ceci nous ramène à l'éternel débat : les éditeurs lisent-ils les manuscrits qu'ils reçoivent ? Un cercle vicieux, en somme, où chacun y va de sa propre théorie, plus ou moins juste.
Il faut que chacun y trouve son compte. Cependant, j'ai le sentiment que la plupart des personnes qui vont participer à l'expérience nourrissent un espoir de publication et risquent d'être déçues des conséquences réelles qui vont en découdre : conseils, critiques, propositions d'améliorations, mais de contrat, que nenni. Or, accepter l'échec anonyme est une chose, se faire rabrouer publiquement en est une autre. Du moment où l'on en est conscient et que l'on accepte les règles du jeu, je dis amen, je dis génial. Mais en mon for intérieur, je pressens une levée de boucliers plutôt qu’une acclamation générale. Ceci dit, j’adore me tromper ;-)

Ecrit par : Marie | 29.11.2007

Là je suis entièrement d'accord avec toi, Daniel, je trouve l'expérience très très intéressante !

Ecrit par : Marie | 29.11.2007

hihihi... et c'est reparti, mon coco...

Ecrit par : Yas | 29.11.2007

Hop, je m'incruste vite fait dans la conversation, et dans le désordre:
Le fond noir est très bien chez toi, Marie, tout simplement parce que tu es presque la seule à y avoir recours! du coup, ça repose des éternels fonds blancs de chez presque tout le monde :)
Pour ce qui est de l'initiative de Léo Scheer (qui nous écoute à l'instant même: ce renard des Lettres est partout à la fois, c'est effrayant), c'est une idée maline, à coup sûr, mais risquée: elle repose sur la bonne volonté des lecteurs du blog; les "auteurs" intéressés, il y en aura certainement beaucoup... mais les commentateurs? s'il n'y en a pas, ça sera comme n'importe quel site de textes, et rien n'aura bougé... En revanche, pas d'accord avec toi sur le risque de commentaires artificiellement flatteurs ou gratuitement méchants: pour revenir à ta camarade Wrath (pardon!), les commentaires des textes de sa "Revue sans soirée" étaient pour la grande majorité francs et réfléchis (alors que le "public" de Wrath peut apparaître sauvage dans certaines circonstances); non, le vrai risque, c'est l'absence totale de commentaire, probable s'il y a rapidement une inflation de textes mis en ligne dans M@nuscrits (à partir de 400 romans, par exemple, qui prendra le temps de lire quoi que ce soit, à part peut-être le texte du/de la copain/copine ?). Etant dans la même hésitation que Nath, je crois que je vais y envoyer une nouvelle (plutôt qu'un roman), pour déjà voir ce qu'il se passe (s'il se passe quelque chose). Et me faire éventuellement descendre en flammes me convient parfaitement (mon côté maso, sans doute). D'ailleurs, ayant lu le texte de Barberine, je vais laisser un commentaire critique... assez critique. Pas de flatterie en retour, donc. :)

Ecrit par : Marco | 29.11.2007

Marco,
Je viens de prendre connaissance d'une première critique plutôt bien torchée sur le site de l'intéressé, quant au manuscrit de Barberine. Si les commentaires suivent en ce sens, je pense que Léo Scheer aura gagné son pari. Je le lui souhaite vivement !
Et merci pour ton avis, que le noir survive !

Ecrit par : Marie | 29.11.2007

Vos trois points relevés sont très intéressants, surtout le 2 qui met en question la "légitimité" du texte ainsi présenté dans l'oeil du lecteur.
Il m'en vient un autre : quand 100 ou plus manuscrits seront proposés aux commentaires, comment pourra-t-on trier ? Sans filtre, ces manuscrits se trouveront dans la même situation qu'à l'arrivée chez l'éditeur : un parmi pléthore, sans plus de chance d'être vu, lu, reconnu. Est-ce là un avenir souhaitable, dans une perspective de dématérialisation (même partielle) du livre ? Ou faut-il trouver de nouveaux types de sélection avant mise en ligne ? Et alors par qui, sur quels critères, avec quel retour pour les auteurs des textes écartés ?

Ecrit par : Don Lo | 29.11.2007

Je ne suis pas auteure et ne souhaite pas le devenir, ni donc publier quoi que ce soit. Je peux juste émettre mon avis de lectrice amatrice, madame Tout Le Monde en quelque sorte. Je n'ai jamais lu de roman sur écran et n'en ai nulle envie, sincèrement.
Pour moi, la rencontre avec le livre imprimé fait partie du plaisir de la découverte de son auteur, son univers, un préambule à l'histoire. Le format, la couverture, l'épaisseur, l'odeur de l'encre me mettent déjà en condition pour aborder ses mots. Le livre fait appel à beaucoup de mes sens, pas l'écran.
Je suis pourtant adepte d'Internet et des blogs, en tout genre, dont les blogs d'auteurs comme le tien Marie, ou celui de Christine, Benoît... Mais comme toi, je peine à lire les notes les plus longues, par manque de temps, par envie d'aller fureter partout, par usage différent du média.
Alors d'autres moyens d'édition, via la publication de nouvelles ou de romans sur un site dédié ? Pas beaucoup de différence pour moi si l'auteur publie lui-même en ligne ses écrits, sur un blog par exemple, si ?
Je suppose que les enjeux financiers en revanche peuvent peut-être peser dans la balance...

Ecrit par : Bridget | 29.11.2007

Le texte blanc sur fond noir est la première raison de la fatigue oculaire sur écran. En effet, le regard se portant sur les caractères à lire, les yeux reçoivent en permanence la lumière diffusée qui va surexposer, fatiguer les cônes de réception du fond de l'œil. Inversement, le texte noir recherché au milieu du fond blanc, ou mieux : gris clair, évite cette fatigue. Par ailleurs, vous dites que vous n'aimez pas la lecture statique, puis que vous vous installez "cosy" avec des feuilles de papier. C'est donc qu'il y a, plutôt qu'une hypothétique difficulté de lire sur écran (dans de bonnes condition de taille de caractère et de couleur / contraste du texte), deux modes de lecture, deux postures comportementales et que, en gros, ne pas cliquer quand on est devant un écran est frustrant (parce qu'on sait tout ce qu'on pourrait "faire" concrètement au lieu de rester sur "ce" texte...).
Pour le reste, je ne crois pas que l'initiative de "M@nuscrits" soit d'une grande utilité pour la littérature. En revanche, c'est un autre bon coup de pub pour M. Scheer...
Mais voyons-en le bon côté : cela m'a permis de découvrir votre blog !

Ecrit par : Berlol | 30.11.2007

Bonjour à tous,

@ Don Lo : Léo Scheer a déjà répondu à cette question sur son blog. Ils vont probablement mettre en place un système de tri par catégorie. Par contre, je ne crois pas qu'il y aura des textes écartés et des textes retenus. Si j'ai bien compris, le but de cet outil n'est absolument pas de sélectionner des textes qui vont être publiés (d'ailleurs, je n'en vois pas l'intérêt pour l'éditeur, très sincèrement).
@ Bridget : Justement, en l'occurence c'est le lecteur qui choisit le support de lecture qui lui convient et dans cette optique, les avis comme le tien sont primordiaux. J'abonde en ton sens, l'édition on-line n'est pas ce que je préfère. Cependant, en proposant aux personnes la possibilité de publier leur manuscrit sur son site, Léo Scheer offre une plus grande vitrine aux textes en question, alors que sur un blog parmi tant d'autres, un texte pourrait facilement se noyer. A ce stade, je ne pense pas qu'il y a des enjeux financiers. Le seul gain pourrait être celui du temps gagné à réceptionner les manuscrits par mail plutôt que par courrier, de laisser les visiteurs évaluer le texte et répondre à l'auteur. Mais Monsieur Scheer pourrait être également victime de son succès et vite se retrouver submergé de toutes parts. Ne doutons pas qu'il trouve rapidement la parade !
@ Berlol : Plus qu'hypotéthique ! J'abhorre lire un roman sur un écran. Impression de mélanger plaisir et corvée. Laissons s'écouler un peu de temps avant de juger de l'utilité d'un tel outil. Si utilité il y a, tant mieux. Dans le cas contraire, Monsieur Scheer aura tôt fait de supprimer la rubrique en question.
Vous êtes le bienvenu ici et je me réjouis de vous y lire régulièrement.

Ecrit par : Marie | 30.11.2007